Le tuyau et le SP

Le tuyau est au sapeur-pompier ce que la farine est au boulanger. Petit ou gros, d’alimentation, de refoulement ou d’aspiration, le tuyau d’incendie se décline en plusieurs versions avec un seul et même but : amener l’eau à la lance.

 

L’histoire des tuyaux ne date pas d’hier. C’est en 1672 que les frères Nicolas et Johan van der Heide, constructeurs de pompes néerlandais, inventent le boyau d’incendie. A l’époque, il s’agissait de tuyaux en cuir rivé, puis cousu, munis de raccords dissymétriques à vis. Cette invention marque un progrès décisif dans la lutte contre le feu car, placé entre la pompe et la lance, cette dernière devient mobile. Le boyau permet de se placer au plus près du foyer. En 1698, les frères Van der Heide poursuivent leur œuvre créatrice en dotant les sapeurs-pompiers d’aspiraux. La boucle est bouclée.

 

Plusieurs catégories

 

Classés dans les appareils d’extinction, les tuyaux d’incendie se déclinent en deux catégories et trois familles. Dans le jargon, on parle communément de petits et gros tuyaux. Leurs diamètres varient de 20 à 152 mm. Référencés NFS 61-112, les tuyaux de refoulement servent à conduire l’eau aux lances, ils mesurent 20 ou 40 mètres ; d’un diamètre de 70 ou 110 mm, les tuyaux d’alimentation, identiques aux tuyaux de refoulement, sont utilisés pour raccorder aux hydrants un engin pompe situé à proximité. Seule leur longueur est différente : 10 et 20 mètres. Les tuyaux d’aspiration ou « aspiraux », NFS 61-113, conduisent l’eau du point d’aspiration (rivière, étang, citerne…), à l’engin pompe. Ils sont semi-rigides, mesurent généralement 2 ou 4 mètres. Leur diamètre varie de 40 à 100 mm.

Aussi simple que puisse paraître le tuyau d’alimentation ou de refoulement, sa fabrication repose sur un savoir-faire de tout premier plan. Bien malheureux le sapeur qui, doté d’un fourgon pompe-tonne des plus modernes, se retrouverait en fâcheuse position faute de tuyaux disposés à « encaisser » les pertes de charges et autres établissements hors manuel.
 

 

Détails de fabrication

 

Alors comment est donc pensée la fabrication d’un tuyau ? « En intervention, les sapeurs-pompiers recherchent l’efficacité maximale et exigent de leurs tuyaux quatre services essentiels conditionnés par les caractéristiques propres à chaque tuyau. Tout d’abord la rapidité d’établissement (souplesse et légèreté dans la manutention et le déroulement), débit maximum (résistance à la pression pour un débit plus élevé), refoulement à une plus grande distance possible (pertes de charges réduites dues à l’absence de relief sur la paroi interne et autre cassure dans les angles) et, enfin, une fiabilité durant toute l’intervention (résistance aux agressions extérieures, abrasions, coupures, flammes, braises, écrasement accidentel). » Pour illustrer au mieux les propos de Jacques Michel de la société Eau et Feu, il suffit de se remémorer une intervention incendie où les conditions étaient des plus difficiles et où chacune des caractéristiques précitées a été un atout précieux.

Si le sapeur français peut pousser un « cocorico » c’est bien en matière de fabrication des tuyaux d’incendie. En tout premier lieu, parole est donnée à la société rémoise Eau et Feu.

La qualité et la fiabilité d’un tuyau dépendent avant tout des propriétés des matériaux qui le composent et des procédés de fabrication utilisés. Un tuyau d’incendie est composé d’une paroi interne ou doublure et d’une enveloppe textile avec ou sans revêtement. La paroi interne assure l’étanchéité du tuyau et conditionne également l’importance des pertes de charge. Plus la paroi interne est lisse, plus les pertes de charge sont faibles. De cette doublure dépendent aussi le poids du tuyau, sa facilité d’enroulement, son encombrement enroulé, la tenue sur les demi-raccords et la sensibilité au froid. L’enveloppe textile, quant à elle, est nécessairement constituée d’un minimum de fil continu tissé qui permet d’atteindre les pressions d’éclatement exigées par les normes. Jeter un regard sur les métiers à tisser qui garnissent les ateliers de fabrication est des plus éloquents pour se rendre compte qu’un tuyau n’est pas si simple à tricoter. Le revêtement des tuyaux, protection de l’enveloppe textile, est très différent selon les besoins. Enduction simple (seule la teinte reste sur les fils), enduction légère (les matières solides fixent les fibres sans remplir totalement les reliefs), enduction renforcée (aspect lisse) et l’extrusion d’élastomère (tube extrudé sur les fils de l’enveloppe). Aujourd’hui, le jaune fluo, le rouge, l’orange fluo et le gris sont des couleurs communes rencontrées dans les coffres et sur les dévidoirs qui arment les FPT.

Du côté de la maison Delannoy Frères, la fabrication des tuyaux dits « conventionnels » repose sur trois phases : le tissage circulaire d’une gaine textile, le « collage » d’un boyau interne pour assurer l’étanchéité du tuyau et une couche externe de protection.

La fabrication du Cablex & Fireflex est réalisée en deux phases. D’abord, le tissage circulaire d’une gaine textile. Par un procédé d’extrusion, cette gaine textile est interpénétrée d’un élastomère Nitrile-PVC assurant simultanément la paroi interne d’étanchéité et externe de protection. Ainsi, est présenté un produit parfaitement homogène et une masse compacte, où il n’existe aucun risque de décollement du boyau puisque les revêtements interne et externe sont solidaires entre eux. Et l’étanchéité du revêtement interne est garantie à vie.

 

Au niveau des normes

 

Quel que soit le fabricant, les tuyaux d’incendie doivent répondre aux normes AFNOR qui ont pour but de définir les caractéristiques et essais auxquels doivent satisfaire les tuyaux destinés à être utilisés pour la lutte contre l’incendie. A titre d’exemple, le tuyau de refoulement souple d’incendie (NFS 61-112) de 45 mm doit avoir une longueur élémentaire de 20 m (-0 % + 5 %), résister à une pression de service de 15 bars, pouvoir s’allonger jusqu’à 5 % et répondre à une pression d’épreuve à 25 bars et de non-éclatement à 45 bars.

 

Et l’entretien ?

 

A titre de comparaison, la durée de vie d’un tuyau d’incendie est à la hauteur de l’estime que l’on porte à sa voiture. Un entretien régulier des tuyaux permet de prolonger leur durée d’utilisation dans des conditions optimales. D’après Jacques Michel : « Un bon séchage après utilisation est une bonne garantie de longévité ». Autre son de cloche pour les Frères Delannoy : « La composition des tuyaux Cablex & Fireflex ne nécessite aucun entretien. Ces tuyaux, 100 % synthétiques, sont imputrescibles et ne nécessitent aucun séchage après utilisation ».

Et puis, rappelons-nous que la matière a une « mémoire ». Un objet entreposé un certain temps présentera une marque plus ou moins visible, et si problème ultérieur il devait y avoir, c’est précisément à cet endroit qu’il surviendra. Il en va de même pour le tuyau d’incendie. Rangé avec plus ou moins de soin dans un coffre, c’est là que surviendra la fuite, même avec un bel arrondi.

La norme ISO 8331, dans son article 3925, indique toutes les recommandations destinées à prolonger la vie des tuyaux. Aussi, chez Eau et Feu, on se plaît à dire que le séchage pour les tuyaux textile est obligatoire et qu’il est recommandé pour les tuyaux en PVC.

Qu’en sera-t-il du tuyau d’incendie de demain ? Face à cette interrogation, les fabricants restent bien évidemment sur la réserve. Des frères Van der Heide aux fabricants actuels, la technologie n’a eu de cesse que de travailler pour le métier, alors le sapeur-pompier peut rester serein, il aura toujours à sa disposition un tuyau prêt à s’adapter aux conditions les plus extrêmes. Mais rien ne l’empêche, au retour d’une intervention, de bichonner un peu les hectomètres de tuyaux qui garnissent les coffres des fourgons et autres étagères dans les remises.